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La rencontre des rationalités

Problématique

L'affirmation d'un modèle unique de rationalité, celle de l'Occident, qui rejetait l'humanité "primitive" vers une mentalité "prélogique" et classait les autres civilisations (Islam, Inde, Chine notamment) en fonction de la part qu'elles avaient prise dans les découvertes fondatrices de la science moderne, a été radicalement remise en cause depuis le milieu du XXe siècle par les progrès de l'anthropologie culturelle, et par l'intervention croissante, dans le champ de la recherche, d'acteurs nouveaux, porte-parole, précisément, des peuples et des cultures qui avaient alimenté le discours biaisé de l'anthropologie traditionnelle.

Mais cette remise en cause a souvent débouché sur l'affirmation inverse de l'existence de plusieurs logiques, de plusieurs modes de pensée fermés sur eux-mêmes, et irréductibles les uns aux autres. Affirmation qui rend du même coup non seulement inexplicable mais impensable la possibilité même de la communication et du dialogue d'une culture à l'autre. L'effacement ou l'émiettement de la rationalité conduisent à un relativisme insoutenable.

Or la communication existe, et elle a toujours existé dans le passé (même si elle a pu varier selon les époques et les groupes qui s'y trouvaient impliqués) entre les cultures. Mais elle prend aujourd'hui une forme particulière, modelée par la circulation de l'information et les modalités nouvelles de production, d'accumulation et de gestion du savoir à l'échelle mondiale : les savoirs "traditionnels" se trouvent ainsi à la fois brevetés et réutilisés par les industries du Nord (ainsi pour la pharmacopée) et marginalisés, appauvris, arrêtés dans leur développement, car privés de leur dynamisme ancien et de leur capacité d'assimilation. Cette situation prolonge et renouvelle de l'intérieur la précédente, et vide de l'essentiel de son contenu un dialogue pourtant revendiqué.

Une réflexion sur la rationalité comme exigence (plus encore que comme valeur) universelle, inhérente à toutes les cultures, s'impose donc comme une priorité : elle devrait permettre d'en reconnaître les modèles concurrents ou complémentaires, en examiner de manière critique les formes aujourd'hui dominantes et remettre en cause un faux universel qui invoque précisément l'universel.

Composition de l'atelier :

Rapporteur

  • Paulin HOUTONDJI, philosophe, université de Porto-Novo, (Bénin)
Participants

  • Maxime DAHOUN, sociologue, université de Cotonou
  • Maurice AYMARD, MSH, Paris
  • Abdoulaye KANE, professeur de philosophie, université de Dakar (Sénégal)